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  • 6 octobre 2010 | 0 commentaire

    Point(s) de vue : L’expo Larry Clark interdite au mineurs…

    Si vous ne connaissez pas l’oeuvre photographique de Larry Clark, vous avez sûrement entendu parler de son travail en tant que réalisateur. Cet américain de 67 ans est l’auteur de Kids, Bully, Another Day in Paradise et plus récemment de Ken Park. Sa filmographie, et son travail artistique, sont axés sur la jeunesse et plus précisément sur l’adolescence et ses dérives. Si je vous en parle, c’est que l’exposition Kiss The Past Hello, prévue du 8 octobre 2010 au 02 janvier 2011 au Musée d’Art Moderne de Paris vient tout simplement d’être déclarée « Interdite aux mineurs» .

    Qui es-tu Larry Clark ?

    Larry Clark a développé un travail de recherche et d’analyse autour  des dérives et des excès de l’adolescence, mais surtout autour de la représentation des premiers intéressés, les adolescents. Loin des clichés et des doux rêves conservateurs d’une jeunesse heureuse et sans problème, Clark s’est penché sur le sujet pour en extraire l’essence, et en tirer un portrait. Pas de qualificatif au mot portrait ? Effectivement. Loin de moi l’idée de dire que Larry Clark a LA vision juste de la jeunesse – beaucoup d’ados ne se reconnaissent pas dans ses personnages – mais ça c’est un autre sujet. Clark commence donc la photographie dès la fin de ses études et s’attarde sur un groupe de junkies squattant dans sa ville natale de Tulsa. Ces clichés formeront sa première monographie (Tulsa, 1971), l’oeuvre d’une vie commence. Ses travaux de photographe (Teenage Lust, 1983 et The Perfect Childhood, 1992) le mèneront derrière la caméra en 1995 pour son premier long-métrage, Kids, présenté à Cannes et à Sundance mais finalement censuré aux USA. S’en suivront cinq films déclenchant à chaque fois polémiques, ou du moins des débats passionnés !

    Kiss The Past Hello, ou le spectre Présumés Innocents

    La rétrospective consacrée à son oeuvre est, avant même la première éventualité de plainte, interdite au moins de 18 ans. Décision prise par la Mairie de Paris, décision sans appel. Raison invoquée : l’Article 227-24 sur la protection de l’enfance, qui condamne la diffusion de message à caractère pornographique ou violent susceptible d’être vu ou perçu par un public mineur. Au delà de la simple protection de l’enfance, c’est la pression sous-jascente des lobbies intégristes qui inquiète. On se souvient de la rude épopée pénale bordelaise au sujet de l’exposition Présumés Innocent en 2000. Rappelons également qu’un non-lieu a été décrété en … 2010… Bref, l’art et la culture sont encore une fois pris en étau entre la « morale»  et la liberté de création…

    Quels risques ?

    Peut-on objectivement qualifier le travail de Clark d’oeuvre pornographique, voire pédophile ? Doit-on créer la polémique en interdisant aux concernés l’accès à ces clichés représentants leurs pairs, leur génération ? Si Larry Clark voit cette interdiction comme une « attaque des adultes en direction des adolescents» , d’autres voient ici la préservation d’une conscience immaculée… Pour une fois qu’on s’intéresse un peu à eux, les ados se voient privés de ça. Sexe, drogue, violence, tout cela est en self-service sur le web, mais pas au musée, pas quand cela est le résultat d’une approche artistique réfléchie et analysée. Dommage. Surtout que cette expo a déjà été accrochée et décrochée sans heurt à la Maison Européenne de la photographie en 2007, et en 2008 à la BNF.

    En bref…

    Que les clichés de Clark et son travail ne plaisent pas, ou puissent choquer, c’est un fait, une éventualité. C’est seulement qu’après le sketch autour de l’expo Murakami à Versailles, on commence à n’entendre parler art et culture que lorsqu’il y a polémique ou interdiction… C’est lassant. A croire que la prise de risque s’est dissociée de l’offre culturelle, et que les contestataires obtiennent gain de cause avant même d’en avoir émis la demande…

    -YT-



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